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Recrutement, attractivité et rôle de pharmacien référent : quels enjeux pour la pharmacie d’officine d’ici 2030 ?

Alors que les élections législatives luxembourgeoises arrivent à grands pas, le Syndicat des Pharmaciens Luxembourgeois (SPL) organisait en début d’année son rendez-vous annuel. Un rassemblement du tissu social et économique de la profession qui revêtait cette année un volet forcément revendicatif dans le contexte politique actuel. Une occasion parfaite pour s’entretenir avec le président du SPL, Alain de Bourcy, et Claude Hostert-Pfeiffer, administratrice auprès du SPL et directrice de la pharmacie Ginkgo à Luxembourg…

Le 19 janvier dernier, le Syndicat des Pharmaciens Luxembourgeois a organisé un grand événement sur la thématique « Pharmacie 2030 : Une vision pour la pharmacie d’officine au Luxembourg ». Quels en étaient les enjeux et pourquoi cette date ?

Alain de Bourcy : « Il s’agit en fait d’une date de rassemblement traditionnelle pour le Syndicat des Pharmaciens Luxembourgeois, juste après le passage à la nouvelle année. S’y rassemble alors tout le tissu économique et social de la profession de pharmacien, avec les praticiens, les partenaires, la CNS et les ministères de la Santé et de la Sécurité sociale… Pour cette édition 2023, à quelques mois des nouvelles élections, il semblait pertinent de mettre en avant nos espoirs et nos revendications pour notre profession, en présence des décideurs concernés et d’un public averti. »

Comment décririez-vous la situation actuelle génératrice de ces revendications ?

Alain de Bourcy : « Il y a aujourd’hui un véritable besoin de prise de conscience de la part du gouvernement. Les pharmaciens se sentent parfois ‘loin de la ministre’, notamment dans le cadre du plan hospitalier, de la réévaluation des honoraires des médecins… Il faut plus de discussions, dans une approche vertueuse de conciliation et d’avancée commune et réfléchie. Je suis d’avis que les antagonismes ne servent pas ce genre de progression bénéfique à tous et qu’il est plus constructif de présenter des dossiers complets et travaillés – dont la non-considération pourrait alors relever du manque de volonté. L’événement du 19 janvier a ainsi joué le rôle de mise en lumière de ces dossiers. »

Quelles sont les attentes prioritaires de la part des pharmaciens d’officine luxembourgeois suite à cet échange du 19 janvier dernier ?

Claude Hostert-Pfeiffer : « Je suis tout d’abord ravie que cette soirée du 19 janvier, qui avait également pour but la présentation du livre blanc de la Pharmacie 2030, ait rencontré un tel succès. Aussi bien auprès des pharmaciens présents en grand nombre qu’auprès des parties prenantes du ministère de la Santé, de la CNS, du Collège médical et autres. Comme nous ne cessons de le répéter, le pharmacien d’officine en tant que membre du système de santé doit jouer un rôle encore plus important dans la santé publique, et ce, dans l’intérêt du patient. Le pharmacien en tant que professionnel de la santé hautement qualifié est pour un grand nombre de patients le premier interlocuteur en cas de maladie ou de question plus générale en rapport avec la santé.

C’est pourquoi nous aimerions développer, avec les instances en charge, différents services de soins pharmaceutiques suivant un même protocole validé. À court terme nous souhaiterions développer en officine la vaccination contre la grippe et jouer un rôle actif dans la prévention et la détection du diabète lors de la journée mondiale du diabète qui a lieu chaque année le 14 novembre. À plus moyen terme, nous voulons instaurer le rôle de pharmacien référent et le service de nouvelle médication, afin – concernant ce dernier – d’augmenter l’observance des traitements et de détecter rapidement tout problème en relation avec le traitement médicamenteux prescrit.

Et comme dans bon nombre d’autres pays européens, le service de revue de la médication et les cercles de qualité pharmacien-médecins sont d’autres services à grande valeur ajoutée pour le patient et le système de santé. Notre attente envers les politiques et décideurs est que nous puissions rapidement travailler ensemble à l’élaboration de ces services. »

Les problématiques soulevées par ces dossiers, tout comme le rôle de pharmacien référent, ont été abordées lors de la table ronde, un des temps forts de l’événement. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Alain de Bourcy : « Les besoins les plus urgents concernent la rémunération des services pharmaceutiques, mais aussi et surtout le recrutement de personnel qualifié, de préparateurs et de pharmaciens diplômés. Le rôle du pharmacien dans la prise adéquate et contrôlée de médicaments est primordial ! Les patients mal renseignés peuvent être sujets à des accidents iatrogènes parfois graves suite à des effets indésirables non considérés. Des risques qui augmentent avec les personnes âgées et/ou en situation de polymédication… Le pharmacien joue également un rôle dans la gestion des stocks et des ruptures de médicaments, afin de garantir le plus de disponibilité possible. Quant à la fonction de pharmacien référent, elle permettrait un meilleur contrôle régulier des patients et de leur médication. L’augmentation de couverture vaccinale contre la grippe au Luxembourg, la prise en charge de l’asthme ou encore la prise d’insuline sont également des volets à aborder dans le cadre de ce rôle souhaité par le SPL…»

Claude Hostert-Pfeiffer : « Le pharmacien référent a la charge de développer, avec l’accord du patient et avec son aide, le plan de médication juste et actuel de celui-ci. Ceci permet de maintenir toujours le dialogue avec le patient sur ses médicaments, de détecter d’éventuels doublons, des interactions ou encore de parler d’éventuels effets indésirables liés aux médicaments. Un plan de médication correct et mis à jour est également d’une grande importance quand le patient consulte un nouveau médecin ou est hospitalisé. L’idéal serait qu’il soit accessible aux médecins, aux pharmaciens et au personnel soignant via le dossier de soins partagé digital du patient. »

Quelles mesures pourraient être prises, notamment de la part de la CNS, pour impliquer davantage le pharmacien, par exemple en matière de dépistage du diabète et d’épargne ?

Claude Hostert-Pfeiffer : « Tout d’abord, il faut savoir que le diabète sera en 2030, selon l’OMS, la 7e cause de décès dans le monde. Il faut donc mettre en route tous les leviers possibles afin de prévenir cette maladie insidieuse. Avant le diagnostic d’une personne diabétique, celle-ci a été d’abord prédiabétique – un stade encore réversible de la maladie – et avant cela, simplement une personne au mode de vie favorisant le développement d’un diabète. Le pharmacien pourrait participer activement dans la prévention en proposant au patient la mesure de sa glycémie, en l’informant sur les facteurs de risque et en le conseillant sur un mode de vie plus sain – en mangeant mieux et en bougeant plus par exemple… Ce n’est qu’en impliquant tous les acteurs de la santé que des résultats tangibles peuvent être atteints.

Ensuite, le ministère de la Santé mène régulièrement des campagnes de sensibilisation et il serait intéressant de s’appuyer davantage sur le savoir des pharmaciens lors de ces campagnes. Une personne diabétique devra suivre des traitements médicamenteux stricts pour le reste de sa vie. Ce patient coûtera cher à la CNS de par cette médication et les risques de santé inhérents à la maladie, comme les problèmes cardio-vasculaires ou les problèmes de neuropathies, pour ne citer que ceux-ci.

Dans d’autres pays européens, le pharmacien d’officine est également habilité à effectuer certains actes qu’il ne peut pas proposer au Luxembourg :  des tests pour la détection d’une éventuelle infection par streptocoques au niveau de la gorge par exemple. En cas de test positif, le patient est redirigé vers son médecin traitant afin d’avoir un antibiotique. Ou encore la prise de la tension artérielle avec redirection du patient vers son médecin traitant en cas de pression trop élevée. Beaucoup de personnes avec une pression artérielle élevée l’ignorent et ont un risque plus élevé de faire un accident vasculaire cérébral (AVC). Un patient ayant fait un AVC et ayant des séquelles , au-delà de la tragédie personnelle que représente évidemment un tel événement, coûte évidemment cher au système de santé.

Lors de l’événement du 19/01, Koen Straetmans, président du Groupement Pharmaceutique de l’Union européenne, était également présent. Comment se positionne justement le Luxembourg dans le contexte européen en matière de pharmacie d’officine ?

Alain de Bourcy : « Je vais simplement rappeler ici les grands besoins de recrutement auxquels la pharmacie fait face aujourd’hui, au Luxembourg, mais aussi dans tout le reste de l’Union européenne. Malgré certains quotas assurés, les pharmaciens font face à une concurrence croissante, notamment en matière de parapharmacie.

Cette concurrence est un défi pour la profession, car elle ne s’engage pas sur un service du niveau de celui propre aux pharmaciens : gardes, nuits, conseils et solutions propres à notre métier. Le travail spécialisé ou encore les préparations magistrales doivent être rémunérés à leur juste valeur, ne serait-ce que pour la viabilité nécessaire du rôle de pharmacien. On ne peut pas tout calquer sur des impératifs économiques… »

Claude Hostert-Pfeiffer : « Au Luxembourg, la répartition géographique permet à chaque patient de se rendre dans une pharmacie en moins de 20 minutes. Ceci est un grand avantage. Par contre, dans le contexte européen, nous faisons partie des pays qui proposent le moins de services de soins pharmaceutiques. Ceci est peut-être dû au fait que nous ne menons que très peu de recherche dans ce domaine, vu qu’il n’y a pas de cursus en pharmacie à l’Université du Luxembourg. Par contre, je suis convaincue que les pharmaciens luxembourgeois sont prêts à s’investir dans de nouveaux services à la condition qu’ils soient développés de concert avec le ministère de la Santé et la CNS et qu’ils soient rémunérés. De nombreuses études menées dans d’autres pays européens démontrent les économies qui peuvent être réalisées par le pharmacien pour le système de santé et dans l’intérêt du patient…

J’aimerais toutefois évoquer l’association pharmacare.lu – une asbl fondée par des pharmaciens dans le but de promouvoir les soins pharmaceutiques au Luxembourg – qui a mené un projet-pilote au Luxembourg de 2019 à 2021 sur l’entretien pharmaceutique pour patients asthmatiques. Le rapport conséquent va être publié très prochainement et il pourrait servir pour le développement des premiers services ! »

À quelques semaines de nouvelle élection législative, quel est le message que vous souhaitez adresser au prochain gouvernement luxembourgeois ?

Claude Hostert-Pfeiffer : « À la sortie de la pandémie, nous nous voyons confrontés à de nombreux défis concernant la pérennité de nos systèmes de soins. Croissance de la population, manque de médecins, de personnel soignant, de pharmaciens… Il est temps de revaloriser ces professions. Je souhaite que le prochain gouvernement soit assez sensibilisé à cette problématique et qu’il ait le courage d’adapter le cadre législatif rapidement, de façon à ce que le développement des services de soins pharmaceutiques devienne une réalité. »

Alain de Bourcy : « La rémunération, le recrutement, le rôle de pharmacien référent… Les problématiques et les demandes inhérentes évoquées le 19 janvier dernier concourent à une valeur primordiale : l’attractivité de la profession de pharmacien. Une valeur fortement liée à son importance et son expertise. Voilà ce que le SPL souhaitait mettre en lumière sous la thématique « Pharmacie 2030 : une vision pour la pharmacie d’officine au Luxembourg. »

Plus d’informations sur le SPL, fédération affiliée à la clc

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