Dans le cadre d’une réflexion sur l’avenir de la mobilité et son impact sur les territoires, Luxembourg Confederation a rencontré Stefan Carsten, futurologue et géographe spécialisé dans l’aménagement urbain. Son parcours, qui associe la prospective, la ville et les modes de déplacement, vise à concevoir une société plus durable et mieux préparée aux défis de la mobilité moderne. Fort de son expérience au sein d’entreprises, d’institutions publiques et de comités d’experts, Stefan Carsten apportera un éclairage unique lors de l’événement « Le Futur du Transport » organisé par Luxembourg Confederation le 27 juin prochain, où il interviendra en tant que keynote speaker pour illustrer comment nos choix de mobilité transforment en profondeur nos cadres de vie.
La mobilité : un enjeu majeur pour la société
Pour Stefan Carsten, la mobilité va bien au-delà du simple fait de se déplacer. Il la définit comme la capacité de choisir parmi plusieurs solutions de transport, en fonction de ses besoins et de son environnement immédiat. « La mobilité est avant tout l’existence d’options. C’est un choix qui est disponible. J’ai besoin de ce choix pour pouvoir évaluer la manière dont je veux participer au transport. » Cet éventail d’options, allant de la voiture au vélo ou à des services de partage, ne se limite pas à la zone urbaine ; toutefois, il met en évidence un déséquilibre entre les zones bien desservies et d’autres, plus isolées, où l’absence de transport collectif ou d’alternatives complique considérablement la vie quotidienne.
Cette pluralité de possibilités n’est pas seulement un enjeu d’ordre pratique : la mobilité influe directement sur la qualité de vie et le développement social et économique d’une région. Comme le souligne le chercheur, « Partout où j’ai beaucoup de mobilité, ce sont précisément ces facteurs qui sont réunis : une qualité de vie élevée, une qualité de séjour élevée, ces régions ont du succès économique, ils ont du succès social, etc. » Lorsqu’elle est pensée de manière inclusive et durable, la mobilité devient un pilier central, non seulement pour le tissu urbain, mais aussi pour le renforcement du lien social et la performance économique.
La mobilité est avant tout l'existence d'options. C'est un choix qui est disponible. J'ai besoin de ce choix pour pouvoir évaluer la manière dont je veux participer au transport.
La mobilité au Luxembourg et son futur
Stefan Carsten reconnaît les efforts déjà consentis par le Luxembourg pour améliorer ses infrastructures et envisager une stratégie multimodale. L’exemple du transport public gratuit montre la volonté d’encourager l’usage collectif des transports. Au-delà, le pays investit dans les réseaux de trains, de bus, de pistes cyclables et de solutions combinées (parkings de délestage, car-sharing, etc.), afin d’offrir aux usagers une approche intégrée, quels que soient leurs besoins. Cette logique, qui considère l’automobiliste, le cycliste et le piéton dans la même politique, renforce aussi l’attractivité économique du Luxembourg et sa compétitivité internationale.
Selon Stefan Carsten, pour le futur, la notion de « Mobilitätswende » (transition de la mobilité) gagne en importance. Les enjeux se situent dans la réduction de la dépendance à la voiture, dans la recherche d’alternatives mieux intégrées (transport public, solutions de partage, micro-mobilité) et dans l’exploration du potentiel des véhicules autonomes. « Nous verrons de moins en moins de zones d’activités industrielles classiques, mais de plus en plus de zones d’activités basées sur la connaissance, où ces zones commencent elles aussi à réduire de plus en plus leur dépendance à la voiture. » Cette transition se double d’une mutation dans la manière de construire les villes et d’organiser les espaces de vie et de travail, dans le but de créer des environnements plus conviviaux et plus résilients face aux mutations technologiques et climatiques.
Les entreprises et les acteurs publics face au changement
Le chercheur suggère que l’innovation et la flexibilité doivent guider les stratégies des acteurs économiques. Les entreprises sont appelées à anticiper les nouvelles formes de déplacement (véhicules électriques, solutions autonomes, transport combiné) et à encourager des pratiques internes plus responsables. Dans le secteur de la logistique, cette adaptation passe par des modèles plus efficaces, qui tiennent compte de la livraison de marchandises en centre-ville, du recours au digital et des nouvelles réglementations liées à la durabilité. Tester en conditions réelles, s’approprier la technologie électrique ou l’automatisation et intégrer des infrastructures de recharge figurent parmi les bonnes pratiques mises en avant.
Des coopérations entre collectivités, opérateurs de transport, start-ups et industries technologiques jouent aussi leur rôle dans le développement de ces solutions. « Nous vivons actuellement une transformation du secteur de la mobilité qui n’a pas eu lieu depuis 70 ans. Cela ne peut se faire qu’en partenariat. » Cette transformation, qu’il s’agisse d’électrification, d’autonomisation des véhicules ou d’aménagements urbains, requiert un pilotage collectif. Les partenariats public-privé créent un écosystème dans lequel l’innovation se déploie plus rapidement, que ce soit pour mettre en place un réseau de bornes de recharge, développer une offre de transport à la demande ou expérimenter des solutions de mobilité autonome.
Nous vivons actuellement une transformation du secteur de la mobilité qui n'a pas eu lieu depuis 70 ans. Cela ne peut se faire qu'en partenariat [avec les autorités publiques].
