Nos actualités

Vers une logistique durable : entretien avec Josué Velázquez Martínez du MIT

Dans le cadre de la conférence « Le Futur du Transport », organisée par Luxembourg Confederation, Dr. Josué Velázquez Martínez, chercheur au MIT Center for Transportation and Logistics, a partagé ses analyses sur les transformations majeures qui façonnent actuellement le secteur de la logistique. Spécialiste de la supply chain durable, il explore à travers ses travaux les liens entre transition écologique, efficacité logistique et adoption technologique. À quelques jours de l’événement à Luxembourg, il revient sur les défis, les opportunités et les choix cruciaux qui attendent les entreprises dans ce domaine en mutation.

Luxembourg, un laboratoire de mobilité durable en Europe

À l’échelle internationale, le Luxembourg s’impose comme un acteur original et dynamique dans le domaine du transport. Josué Velázquez Martínez souligne plusieurs initiatives emblématiques, telles que la gratuité des transports publics, qui ont un effet mesurable sur la réduction du trafic et de la pollution. Il cite également des infrastructures stratégiques comme l’EuroHub de Contern, positionné près de l’aéroport, comme exemple de logistique multimodale à haute valeur ajoutée. « Il y a donc différentes choses qui font que le Luxembourg joue un rôle clé en Europe et s’aligne également sur les différentes initiatives du gouvernement en termes de numérisation des différents processus. Et je crois qu’à cet égard, comparé à la grande majorité des pays du monde, le Luxembourg est vraiment très unique. » L’entièreté de ces efforts et initiatives, placent le Grand-Duché à l’avant-garde des transformations durables en Europe.
Il y a donc différentes choses qui font que le Luxembourg joue un rôle clé en Europe et s'aligne également sur les différentes initiatives du gouvernement en termes de numérisation des différents processus. Et je crois qu'à cet égard, comparé à la grande majorité des pays du monde, le Luxembourg est vraiment très unique.

Technologies et transformation des chaînes logistiques

Au niveau des entreprises, l’un des enjeux clés réside dans l’adoption technologique. Selon Josué Velázquez Martínez, l’intégration de nouveaux outils soulève d’importantes questions de gestion du changement. « Chaque fois qu’une nouvelle technologie est introduite, il faut adapter les processus, former les équipes et souvent repenser l’organisation interne. » Cela explique pourquoi certaines entreprises développent leurs propres solutions, plus adaptées à leurs besoins spécifiques.
Dans ce contexte, les avancées en intelligence artificielle représentent un tournant majeur. Grâce à ces outils, il devient possible d’optimiser les décisions logistiques, de réduire les émissions et d’améliorer la performance globale. Mais pour cela, les entreprises doivent identifier clairement les zones où la technologie aura le plus d’impact, en s’appuyant sur des données précises et fiables.

Entre résilience et durabilité : un équilibre à trouver

Au-delà d’un impact de durabilité et surtout aussi face à certaines crises récentes, les entreprises cherchent aussi à renforcer la résilience de leur chaîne d’approvisionnement. Cependant, cette volonté peut parfois entrer en contradiction avec les objectifs de durabilité. En diversifiant leurs sources ou en constituant des stocks plus importants, les entreprises s’exposent à des compromis : délais plus courts mais émissions plus élevées, ou encore fournisseurs plus flexibles mais moins responsables. Ainsi Josué Velázquez Martínez recommande de cartographier les zones à forte empreinte carbone pour anticiper les vulnérabilités et optimiser les décisions stratégiques. De cette manière, les entreprises pourraient améliorer leur durabilité tout en augmentant leur résilience.

Données, numérisation et gains rapides

La digitalisation des flux logistiques représente aussi une formidable opportunité. Grâce à l’analyse de données, les entreprises peuvent mieux tracer leurs émissions, anticiper les risques et ajuster en temps réel leurs opérations. Ces « quick wins », comme les appelle le chercheur, permettent déjà des réductions d’émissions significatives à faible coût. Ils constituent une première étape vers une logistique plus durable, accessible même aux PME. L’enjeu n’est plus seulement d’investir dans de nouveaux équipements, mais aussi d’exploiter pleinement les infrastructures existantes, en s’appuyant sur des algorithmes, l’automatisation et des modèles prédictifs pour rendre chaque kilomètre parcouru plus efficace et moins polluant.
Ces petites adaptations ne nécessitent pas de gros investissements technologiques et permettent à de nombreuses entreprises de faire un pas vers la durabilité sans s’attaquer à leur plus gros souci : les coûts.
C'est pourquoi nous aidons les entreprises à comprendre ce qui est nécessaire. Nous travaillons avec elles pour définir les alliances stratégiques dont elles auront besoin, ou du moins pour les planifier, et pour identifier les investissements à réaliser afin que, le moment venu, elles soient prêtes.

Le coût de la transition verte : un dilemme à résoudre

Malgré les avancées technologiques, la question centrale reste inchangée : qui paiera pour la logistique verte ? Pour le chercheur, c’est « l’éléphant dans la pièce » que personne n’ose vraiment aborder. Beaucoup d’entreprises souhaitent réduire leur empreinte carbone, mais peu sont prêtes ou même capables à supporter le surcoût lié aux solutions plus durables. Cela entraîne des tensions, notamment dans le dialogue entre fournisseurs logistiques et donneurs d’ordre. Plutôt que de réagir dans l’urgence, Josué Velázquez Martínez recommande de traduire les obligations réglementaires en feuilles de route opérationnelles, avec des étapes claires, des équipes dédiées, et des investissements ciblés dans les bons domaines. « C’est pourquoi nous aidons les entreprises à comprendre ce qui est nécessaire. Nous travaillons avec elles pour définir les alliances stratégiques dont elles auront besoin, ou du moins pour les planifier, et pour identifier les investissements à réaliser afin que, le moment venu, elles soient prêtes. » Une approche collaborative se révèle essentielle, dans laquelle grands groupes, PME et pouvoirs publics coopèrent pour partager les coûts, mutualiser les efforts et accélérer la transition. « Il est essentiel d’essayer d’établir des partenariats qui soient mutuellement bénéfiques. Ainsi, si vous combinez les forces des grandes entreprises qui sont tenues de procéder à ces réductions et des acteurs publiques, cela aidera en fait tout le monde à progresser et à partager les bénéfices. »

De la théorie à la pratique

Un projet pilote mené en Californie, dans la région portuaire de Long Beach, illustre comment les entreprises peuvent anticiper les changements réglementaires et optimiser leurs réseaux logistiques. En collaboration avec la société Maersk et un centre de recherche basé au Luxembourg, Josué Velázquez Martínez a travaillé sur un projet de conception de scénarios visant à évaluer l’impact d’un passage progressif aux véhicules électriques dans les opérations de drayage – ces trajets courts effectués entre les ports et les premiers entrepôts de destination. Ce travail de simulation a permis d’identifier les meilleures stratégies de déploiement, incluant le positionnement optimal des stations de recharge et les conditions d’usage permettant de couvrir à la fois les besoins du « first mile » et du « middle mile », malgré les distances parfois importantes aux États-Unis. L’étude a révélé un potentiel significatif de réduction des émissions locales de polluants, tout en posant la question de la provenance de l’électricité utilisée – un facteur déterminant dans l’évaluation du gain environnemental global. Ce type de démarche, combinant anticipation réglementaire, optimisation logistique et modélisation énergétique, montre à quel point la transition vers une logistique plus durable nécessite une approche systémique et ancrée dans la réalité du terrain.

Accompagner les entreprises vers la mobilité de demain

Ainsi, alors que les exigences réglementaires se renforcent, les entreprises doivent se préparer aujourd’hui pour atteindre leurs objectifs de décarbonation au futur. Luxembourg Confederation, en tant que relais d’information et partenaire stratégique des entreprises, entend jouer un rôle actif dans cette transition. À travers des événements comme « Le Futur du Transport », elle promeut des solutions concrètes et durables, adaptées aux réalités économiques du pays. L’intervention du Dr. Josué Velázquez Martínez illustrera à quel point la logistique, loin d’être un simple enjeu d’optimisation, est désormais un levier majeur de transformation durable. En soutenant l’innovation, le dialogue entre les acteurs et le développement des compétences, Luxembourg Confederation accompagne ses membres vers un avenir plus responsable, plus résilient et plus performant.

Articles à la une

la mobilité de demain avec stefan Carsten
La mobilité de demain : entretien avec le futuriste urbain Stefan Carsten
cover 1250x1000px_V2
Rapport EY - Évolution des tendances de consommation au Luxembourg
Ministre
Former l'avenir : Perspectives de Claude Meisch, Ministre de l’Éducation, de l’Enfance et de la Jeunesse
thématiques
Former l'avenir : Entretien avec Daniel Jung sur les innovations en éducation
Job Offer Luxembourg Confederation (1)
Luxembourg Confederation recrute un Advisor/Federation Manager

Articles récents

Job Offer Luxembourg Confederation (1)
Luxembourg Confederation recrute un Advisor/Federation Manager
site web
Génération Z et monde du travail : un enjeu clé pour les espaces professionnels
K1024_AG Luxembourg Confederation_6jpg
Luxembourg Confederation élit son nouveau Conseil d’administration et réaffirme son engagement pour la compétitivité et la prospérité du Luxembourg
ANESEC Site web
Luxembourg Confederation et l’ANESEC : un partenariat au service des talents de demain
CIGDL
Une Chambre Immobilière repensée
Article précédent
Article suivant
Confederation.lu